Claque n°2 : quand tu réalises que tu n’auras jamais ta place dans le « monde d’après »

J’ai tendance à m’identifier comme une personne relativement optimiste, sur tous les plans. Les expériences, par exemple, quelles qu’elles soient, sont pour moi des occasions d’apprendre, et jamais des échecs. Un échec professionnel n’en est pas un, par exemple; c’est simplement un exercice de plus pour mieux avancer sur le chemin de la vie.

Une mauvaise rencontre, une rupture amoureuse, aussi douloureuses puissent-elles être, nous enseignent et nous permettent d’évoluer.

Sur le plan de la société, j’ai également tendance à être positive et pleine d’espoir. Je préfère me concentrer sur les avancées qui ont été réalisées en matière d’égalité, de parité, plutôt que d’être dans la méfiance constante, d’un complot raciste par exemple. Alors, certes, je suis une femme noire qui voit clairement les effets de ce double « handicap » (femme + noire) sur mon parcours, sur mes barrières mentales et mes limites, mais tout de même, je reste optimiste.

Idem sur le plan humain. J’ai tendance à louer de bonnes intentions à toutes les initiatives qui œuvrent pour un meilleur cadre de vie, un monde meilleur, plus sain. Si les intentions sont bonnes, alors elles valent la peine d’être mises en avant, d’être supportées, et ce, même s’il y a quelques écarts, quelques malaises parfois dans certains discours. L’idée globale est bonne, alors oublions le reste.

C’est cette philosophie, cet état d’esprit qui me permet de rester motivée, de ne pas baisser les bras.

Pourtant, aujourd’hui, j’en veux terriblement à mon esprit trop optimiste, trop naïf.

Je ne suis pas optimiste, je suis aveugle.

Aveuglée par un système qui m’a forcé à arrondir mes angles pour rentrer dans le moule.

Aveuglée par un système qui m’a fait oublier qui j’étais, et d’où je viens.

Aveuglée par un système qui m’a fait minimiser et taire mes blessures, celle de mes ancêtres.

Je me suis éloignée de mon histoire

Fin mai, la France commémorait l’abolition de l’esclavage; le 22 mai en Martinique, et le 27 mai en Guadeloupe. Cette date, je la connaissais, mais je n’ai jamais participé aux commémorations. Pourquoi ?

Parce que j’ai toujours ressenti un malaise, un mal-être. Je ne me suis jamais associée aux commémorations de l’abolition de l’esclavage car cela en revenait à faire face à une histoire, à un passé peu glorieux.

L’histoire de mes ancêtres, une blessure tranchante, une plaie encore ouverte mais que j’ai tenté de cacher par de nombreux artifices. Esthétiques d’abord, à travers les défrisages et autres; géographiquement ensuite, en préférant voyager dans tous les pays plutôt qu’aux Antilles, d’où je suis originaire. Et socialement, enfin, en m’éloignant le plus possible des miens, et de tout ce qui traitait de l’histoire de l’esclavage, de l’Afrique.

Je me sens coupable de ça. Même si, au fond, je sais que je ne suis pas entièrement responsable de cet effacement.

L’histoire a été écrite par les vainqueurs. Ceux qui ont terrassé et exploité tout un peuple pour asseoir leur domination et leur oppression. Mes ancêtres font partie du peuple vaincu, du peuple esclave. Tout ce qu’il reste de ce peuple, c’est la version écrite par les vainqueurs. Un vainqueur va-t-il tarir d’éloge celui qu’il a sauvagement terrassé, froidement et injustement ? Non.

Dans l’histoire, ils sont les perdants, les moins-que-rien. Ils ont disparu des livres d’école, leurs victoires ont été effacées, leurs mémoires, leur richesse… Ils ont disparu, tout court.

Alors j’ai joué le jeu, j’ai oublié, aussi. Je n’ai pas cherché, je ne me suis pas renseignée et j’ai arrondi les angles.

Je me suis tue pour trouver ma place dans le système

Pour arrondir les angles, il fallait aussi que je me taise, que je ne fasse pas trop de vagues. J’ai été docile, j’ai fait semblant de ne pas voir les actes racistes qui se déroulaient sous mon nez, prétextant la naïveté, l’insouciance des autres. « Ce n’est pas de leur faute », « Je sais qu’il.elle n’est pas raciste, c’était pour rire ». J’ai ri aux blagues douteuses, j’ai ri jaune, certes, mais j’ai ri.

Je ne voulais surtout pas être le stéréotype de la « noire énervée », celle qu’on portrait dans les médias, qui vocifère pour un rien, qui hurle avec de grands yeux. C’est cette image qui a été imprimée dans mon esprit. Une femme noire qui s’énerve n’est pas crédible.

Alors je me suis tue, au point où je me suis sentie invisible. Ou je me sens encore invisible.

Quelle est ma place ?

Auprès de tous ces blancs dans mon open-space, dont « l’insouciance » et la « naïveté » ré-ouvrent mes blessures ancestrales chaque jour ? Dont les privilèges m’écrasent, m’annihilent ?

Auprès de cet homme blanc qui a choisi de sortir avec moi pour mon côté « exotique » ?

Finalement, j’ai cherché ma place ailleurs qu’auprès des êtres humains. Si je n’avais plus foi en eux, je pouvais au moins avoir foi en la Terre, aux autres êtres vivants qui sont eux aussi opprimés, oppressés. Je me sentais alors proche des souffrances de la Terre Mère. Je pensais avoir enfin trouvé ma place.

Ma place dans le « monde d’après »

Alors je me suis lancée corps et âme dans la cause environnementale. « Corps », à travers des actions militantes, la création d’une association, et « âme » car j’ai fait confiance à tous ceux qui portaient les mêmes valeurs que moi.

J’ai cru, en rejoignant les acteurs de la cause environnementale en France, que j’y aurai ma place, et que je ne serai plus invisibilisée, car leurs intentions étaient bienveillantes, inclusives.

Même en étant la seule femme noire à participer à leurs conférences, même en ne voyant aucune personne racisée s’emparer du micro dans leurs prises de parole, j’ai cru être au bon endroit.

Pire, dans mes questionnements, je reprochais ce manque de diversité dans les mouvements écologistes aux personnes racisées, et non aux personnes blanches monopolisant l’espace public.

Pourquoi suis-je la seule à prendre part au mouvement ? Ne voient-ils pas qu’ils seront les premiers concernés par le réchauffement climatique ? Les populations du Sud; noires, asiatiques, arabes, hispaniques… Où sont-elles ?

Et, dans une énième et dernière désillusion, mon passé est revenu à moi. La réalité implacable, la fameuse claque dont on ne se remet jamais vraiment.

Si la cause environnementale est et doit être la priorité de tous, en France, je n’y ai tout de même pas ma place, non plus. Moi, femme noire, je n’ai pas ma place dans un mouvement qui pourtant devrait me concerner en premier lieu.

Là aussi, les vainqueurs ont pris soin de nous invisibiliser. Le racisme systémique est partout. Indolore, incolore, inconscient.

Les luttes écologistes et sociales que mènent les habitants des départements d’Outre-Mer, par exemple, ne sont pas relayées par ces mouvements, comme si elles n’avaient pas autant d’importance. Les militants non-blancs ne sont pas invités à prendre la parole, car ils gênent, ils tachent l’image lisse, blanche et pure, celle qui passe bien dans les médias.

Sans s’en rendre compte, les mouvements écologistes en France participent activement au racisme systémique qui gangrène la société depuis l’ère de mes ancêtres.

La claque qui secoue, qui réveille d’une léthargie

Tout ce que j’avais tenté d’occulter durant la majeure partie de ma vie m’est revenue en pleine face. J’avais beau faire bonne figure, me fondre dans le moule, être docile, je restais ni plus ni moins qu’une femme noire, au milieu d’un monde d’hommes blancs.

Alors enfin, j’ai compris.

A la lumière des évènements qui bousculent nos sociétés aujourd’hui, il faut en finir avec l’optimisme. Nous devons tous accepter d’avoir des discussions désagréables, de mettre le nez dans le cambouis. Noir ou blanc, nous devons faire face à notre passé.

Et cela implique de laisser parler le peuple blessé, invisibilisé. Enfin.

Les blancs doivent comprendre leurs privilèges, et admettre qu’ils bénéficient d’un système qui tue à petit-feu les peuples racisés. Il faut qu’ils entendent nos souffrances, nos revendications.

En ce qui me concerne, je dois arrêter de chercher ma place dans un monde qui n’est pas le mien. Tu ne trouveras jamais ta place si tu n’es pas dans la bonne salle de cinéma, dans le bon film.

Ma place, je dois la créer, avec mes armes, celles de la connaissance, de la confiance en soi et en son histoire. Et il y a de quoi être fière.

Car, quand je cherche l’autre version de l’histoire, celle que les vainqueurs ont tenté de me cacher, je réalise à quel point mes ancêtres n’étaient pas des perdants, des moins-que-rien. Mes ancêtres africains ont été riches, puissants, courageux. Leur règne a duré des milliers d’années, bien plus longtemps que n’a duré leur chute.

Ils ont été les premiers hommes sur Terre. Ils ont inventé le feu, les outils, l’art. Ils ont été des explorateurs. Aujourd’hui, ils sont des inventeurs, des artistes, des scientifiques, des écrivains, des présidents… Malgré les persécutions, les harcèlements, les barrières, la communauté noire a toujours su se relever, faire face, à contre-courant.

C’est à ça que je dois m’accrocher, c’est à ça que nous devons tous, personnes racisées, nous accrocher pour enfin avoir notre place dans ce fameux « monde d’après ».

En cette période de confinement, arrêtons de culpabiliser!

Temps de lecture : 8 minutes

A l’heure où je vous écris ces lignes, il est 6h30 du matin, les oiseaux profitent du silence offert par l’absence d’activité humaine pour chanter à tue-tête, et je poursuis sans discontinuer l’errance d’une vie en confinement. Je viens en effet de passer une nuit blanche, à me torturer l’esprit sur ce que j’aurai dû faire dans la journée, sur ce que je devrais faire le lendemain, au rôle qu’on aura à jouer pour le monde d’après, ou encore à remettre en question mes choix professionnels.

Une bonne partie de la nuit aura également été consacrée à scruter l’écran de mon smartphone à l’affut des moindres informations liées à cette sale bête de Covid-19, à revoir les coups de gueule des soignants ou les élucubrations des théoriciens du complot.

Autant vous dire que je ne suis pas fière. Je m’étais promis de « profiter » de cette période de confinement pour créer une routine de vie saine qui consistait à faire plus de sport, à me coucher de bonne heure et me réveiller aux aurores pour m’adonner à une séance matinale de yoga, pour ensuite passer une journée productive à apprendre des nouvelles compétences, et me consacrer à mes passions. Sans oublier les repas sains, le ménage de printemps et j’en passe.

Cette injonction à « profiter » du confinement, à se « déconnecter », à prendre du temps pour soi, me plonge dans la culpabilité. Celle de ne pas optimiser mon temps, de ne pas être efficace. Et après cette culpabilité ci, en vient une autre : comment puis-je me plaindre, quand ceux que nous applaudissons tous les soirs à 20h, sont au front, en première ligne face à cette « guerre » sanitaire ?

Bref, je culpabilise, beaucoup. Mais j’aimerais que la société arrête de me mettre une pression constante en toutes circonstances, et j’aimerais plutôt qu’elle me dise ça :

C’est OK si tu ne « profites » pas de ton confinement

Secrètement, on l’attendait tous. Ce moment où le temps s’arrête, où le monde se met « entre parenthèses ». Où, enfin, nous pouvons faire une « pause », rester un peu chez soi, passer du temps avec sa famille. On n’en demandait certainement pas tant et dans des conditions aussi apocalyptiques, mais toujours est-il qu’on a eu ce qu’on voulait. Du temps. De l’espace.

Mais plutôt que de réellement ralentir et faire une pause, nous gardons cette obsession de la productivité, même dans le repos. 3,2,1… Top chrono ! Ménage, lecture, sport, yoga, méditation, apprendre une nouvelle langue, une nouvelle compétence, prendre un cours de danse, réaliser des recettes de cuisine de chef… Il faut absolument optimiser ce temps qui nous est offert, quitte à se noyer dans une multitude d’activités et finir en burn-out « personnel ».

Sur les réseaux sociaux, c’est un feu d’artifice de lives en tout genre qui nous abreuvent… Quitte à nous étouffer. Quoi, tu n’as pas suivi le dernier cours de danse de l’influenceuse du moment ? Tu ne regardes pas les lives de Cyril Lignac ? Et le cours de yoga en ligne tous les soirs à 19h, t’as oublié ?

Finalement, nous faisons tout le contraire de ce pour quoi nous avions tant espéré faire une pause : pour ne rien faire ! Certes, l’idée n’est pas de passer toute sa quarantaine assis sur son canapé à attendre sagement que ce confinement cesse, mais il ne faut pas s’en vouloir de ne pas être productif. Si vous n’avez lu que quelques pages d’un livre dans la journée, et que votre déjeuner s’est résumé à un plat de pâtes au fromage râpé, ce n’est pas grave.

Car dans cette injonction à combler le vide qu’impose le confinement, nous avons oublié un petit détail : si les journées sont vides, nos cerveaux en revanche, sont surchargés : la surcharge émotionnelle et informationnelle que provoque ce bouleversement sans précédent dans nos vies est telle qu’il est difficile pour certains de parvenir à y voir assez clair pour s’adonner à toutes sortes de loisirs. Alors arrêtons de culpabiliser et de faire la compétition de celui qui profitera au mieux de sa quarantaine !

C’est OK si tu n’es pas efficace en télétravail

De la même manière, cette période compliquée ne serait pas une excuse, selon certains managers, pour être moins productif dans son job. J’ai la chance (ou pas, tout dépend du point de vue de chacun) d’avoir quitté mon emploi avant le confinement et d’être par conséquent libre de toutes directives managériales.

Je parle de chance, car j’entends les témoignages d’une partie de mes proches, toujours en activité, se plaindre d’une overdose de visioconférences et de la surcharge de travail, parfois plus conséquente qu’en temps normal. Pour les entreprises qui ne sont pas en chômage partiel, il faut continuer à produire, à être efficace, quoi qu’il en coûte. C’est à croire qu’ils harcèlent leurs employés par crainte que ces derniers ne relèguent leurs obligations professionnelles au second plan ou mieux, qu’ils réalisent la vacuité de leur poste en ces temps de crise, considérés par le gouvernement comme étant des emplois « non essentiels »…

Et pas question de se plaindre d’une baisse de régime dû à l’angoisse de la situation, ou des enfants qui attendent de leurs parents qu’ils s’occupent d’eux, étant donné qu’ils sont à la maison.

En effet, le télétravail n’est pas toujours bien compris des bambins, notamment les plus jeunes, et voir leurs parents parlant toute la journée à un écran d’ordinateur peut être un réel vecteur de stress.

De plus, si le télétravail est une aubaine pour certains, très à l’aise avec ce mode de fonctionnement, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une méthode de travail propre aux nouvelles générations et qu’il n’est pas adapté à tous.

Et, là aussi, le maintien de la rigueur professionnelle n’est pas toujours compatible avec une situation de crise inédite où notre attention est accaparée et focalisée ailleurs.

C’est OK si tu n’arrives pas à te « déconnecter »

En parlant d’attention, je viens de perdre le fil de mon article, après avoir été interrompue par une notification de mon téléphone et aussitôt happée pendant une dizaine de minutes dans un tunnel de contenus et de sollicitations en tout genre. Entre les groupes Whatsapp de proches se partageant des informations venant de sources douteuses, les notifications des lives Instagram ou les dernières alertes info liées au Coronavirus, il est extrêmement difficile de ne pas se retrouver à passer bien plus de temps sur son téléphone qu’on le voudrait.

La surcharge informationnelle, c’est véritablement le fléau de cette période de confinement. Ce virus à lui tout seul contamine nos cerveaux et notre capacité d’attention, qui se réduit comme peau de chagrin. Déjà affaiblie depuis de nombreuses décennies par l’économie d’attention opérée par les institutions politico-médiatiques, qui mobilisent tous leurs efforts pour nous voler le plus de temps de cerveau possible, le coronavirus absorbe tout ce qu’il nous reste de temps d’attention, rendant toutes les informations environnantes inaudible.

Par conséquent, impossible de rester concentré plus de quelques minutes sans être coupés par ces interférences visuelles et auditives. En ajoutant à cela le fonctionnement habituel du cerveau, qui se nourrit de ces sollicitations et relâche de la dopamine pour nous pousser à regarder toujours plus de contenu, vous comprenez pourquoi la déconnexion tant espérée pendant cette quarantaine est vouée à l’échec.

Et s’il existe des solutions pour opérer une déconnexion « forcée », comme éteindre les notifications ou éloigner son smartphone pendant quelques heures, elles sont d’autant plus difficiles à mettre en application car nos écrans sont actuellement notre seule fenêtre vers l’extérieur, notre seule échappatoire, notre seul contact avec nos proches en attendant de pouvoir les retrouver et les serrer dans nos bras. Alors, même s’il est préférable, pour votre santé, de réduire votre surcharge informationnelle et de vous éloigner pendant quelques temps de votre smartphone, ne vous en voulez pas trop d’avoir passé beaucoup de temps sur Instagram ou sur Twitter ces derniers jours.

C’est OK de te sentir mal, même en ayant des conditions de vie favorables

Enfin, à la lecture de cet article, j’imagine que certains penseront : quel culot, cette jeunesse privilégiée n’a aucune idée de la chance qu’elle a de n’avoir qu’à rester chez elle et attendre que les petites mains fassent le sale boulot. Ceux qui sont en première ligne face à cette crise sont bien entendu les plus à plaindre : le personnel soignant, les caissier.es, les livreurs, les banquiers et tout ceux faisant partie des emplois « essentiels » prennent des risques pour maintenir la nation à flot, avec pour beaucoup d’entre eux très peu de moyens pour se protéger, et un salaire scandaleux par rapport à d’autres métiers bien moins importants pour notre survie.

Cependant, nous sommes tous égaux dans nos souffrances intérieures, et l’homme le plus riche de la planète peut aussi être le plus malheureux du monde. Le confort ne fait pas forcément le bonheur, et il est tout à fait normal de se sentir démuni face à ce traumatisme que nous subissons tous. Que nous soyons en train de sauver des patients au péril de notre vie, forcés de télétravailler avec deux enfants en bas âge, ou seul dans un appartement parisien à regarder les dernières séries sur Netflix, l’émotion est la même pour tous, et il n’existe pas de monopole de l’angoisse, de la tristesse ou de la peur.

Nous avons tous, je crois, le droit de nous exprimer et de faire tomber les masques devant cette crise d’une ampleur inédite, qui va très certainement bousculer notre rapport au monde, au travail, ou encore aux relations que nous entretenons les uns avec les autres.

Ne « profitons » pas à tout prix de cette période de confinement et ne refoulons pas nos inquiétudes et nos faiblesses.

Laissons-nous le temps de nous adapter et de nous préparer à ce nouveau monde qui nous attend, prenons soin les uns des autres, et laissons parler nos émotions, quelles qu’elles soient, et qui que nous soyons.

Avons-nous été piratés ?

Notre cerveau, cette masse compacte d’énergie, de neurones, de synapses. Longtemps exploré, décortiqué, il reste un mystère entier. On le compare parfois à un logiciel, ou un programme informatique, surpuissant, dont sa méthode de fonctionnement fascine autant qu’elle déstabilise. Bien entendu, grâce à la recherche et à l’ingéniosité humaine, une importante partie de sa structure a été dévoilée : ses rouages, ce qui le nourrit, ce qui l’anime. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Quand est-il de la palette de nos émotions, aux couleurs infinies ? Quand-est-il de notre personnalité, si complexe, riche et diversifiée ? Quand-est-il de ces maladies psychiques incurables, qui détruisent tant de vies et dont il est jusqu’à aujourd’hui impossible de réellement en connaître les causes ni l’antidote ? Et, à l’inverse, quand est-il de ces phénomènes inexpliqués, de ces individus aux capacités intellectuelles dépassant l’entendement, capables de clairvoyance, d’intuition, d’auto-guérison ?

Et parmi tous ces mystères, reste celui qui pose le plus question : cette tendance irrépressible à l’autodestruction. Quel est ce bug, ce virus destructeur, qui pousse l’être humain à agir contre son propre gré, contre son bien-être ? Quelle est cette force qui nous pousse à parfois vivre dans le déni, dans l’insouciance, dans l’égoïsme et dans le désintérêt d’autrui ?

Tous les chemins mènent à Rome, et toute la complexité de l’être humain semble mener au cerveau. Sa puissance pousse à croire en ses vertus et aux résolutions qu’il pourrait apporter si son pouvoir était entièrement déployé. Mais pourquoi est-il aussi difficile d’en percer tous les secrets, d’en faire notre allié ? Pourquoi sommes-nous autant à sa merci, sans avoir la possibilité de prendre pleinement possession de cet organe qui pourtant nous appartient ?

Et si, comme tout programme informatique, un réel virus avait infiltré notre cerveau ? Un code, un programme malveillant qui nous empêcherait de faire bon usage de ce logiciel ? Comme un ordinateur défaillant, nous serions alors comme enfermés dans un éternel bug, une cage dans laquelle nous ne saurions nous défaire.

Avez-vous parfois cette impression ? D’être en totale contradiction avec vos valeurs profondes, sans pour autant pouvoir vous échapper ? Avez-vous parfois l’impression que vos émotions vous submergent, vous paralysent ? Avez-vous parfois l’impression d’être attiré par des perturbateurs, des éléments néfastes, qui vous donnent cette envie irrésistible d’agir contre votre bien-être ? Bien loin de la recherche scientifique, bon nombre d’entre nous tentent de trouver un remède grâce à des techniques ancestrales : méditation, hypnose, développement personnel, recherche de soi… Mais il faut une volonté, un courage que tous n’ont pas, pour arriver à suivre ces méthodes. Ce n’est pas inné et bien souvent, le manque de discipline fait retomber les élèves les plus assidus dans leurs travers, à nouveau aux prises avec cette dissonance cérébrale.

Et si un programme malveillant, un « malware » en langage informatique, a effectivement piraté notre cerveau, la première question à se poser est : d’où vient-il, et qui est l’auteur de ce virus qui, vraisemblablement, est au fait des endroits les plus reculés de cet organe ? Car le développement d’un virus ne se fait pas sans une connaissance accrue de son hôte. Il faut en connaître les forces, les faiblesses, et les codes. C’est certainement une des raisons pour laquelle nous sommes autant démunis face à ce virus : son développeur semble avoir acquis des compétences qui nous dépassent, et une maitrise de notre outil le plus complexe. Et, pour avoir la capacité de littéralement paralyser un organe aussi puissant, il faut créer un implacable parasite, un monstre, un poison extrêmement efficace. Qui est donc cette entité, cette force, qui a envahi notre cerveau avec son arme redoutable ?

Depuis la nuit des temps, l’Homme a cherché à comprendre notre cerveau. Aujourd’hui, pourtant capable de découvrir des planètes à des millions d’années lumières de la nôtre, de guérir des maladies, d’opérer à cœur ouvert, de construire des robots et des machines intelligentes, il reste éternellement désarmé face à lui. Nous arrivons peut-être au bout de la courte histoire de notre civilisation, et rien encore ne laisse présager un dénouement heureux. Nous risquons de disparaitre sans avoir eu la chance de profiter de cet intriguant bijou niché à l’intérieur de notre boîte crânienne.

La deuxième question à se poser est donc la suivante : pourquoi ce virus doit-il perdurer ? Quelle est sa mission ? Quels sont les motivations de son auteur, qui semble mettre un point d’honneur à ce que nous ne puissions jamais déployer la force de notre cerveau ? Que se cache-t-il derrière les barreaux de cette cage, au bout du tunnel ? Sommes-nous des esclaves, tentant désespérément de s’extirper d’un maître bien trop fort pour nous ?

Ce cerveau, c’est un cadeau, une arme surpuissante qui nous a été offerte pour nous permettre de nous émanciper, de mieux nous comprendre et de vivre en harmonie. Mon tempérament optimiste me pousse à croire qu’il existe une clé, la clé qui nous permettra de quitter cette cage. Et comme tout programme informatique, un nettoyage est nécessaire pour éliminer un virus. Comme on défragmente les composantes d’un ordinateur lorsqu’il fonctionne mal, peut-être est-il vital de défragmenter les composantes de notre cerveau, d’en déconstruire les normes, les croyances, les blocages. Et si ce virus est bien trop puissant, alors peut-être est-il nécessaire de changer complétement de logiciel, de tout recommencer à zéro. Et c’est à la prochaine civilisation que sera assignée la lourde tâche de ne pas faire la même erreur, de ne pas laisser de programme malveillant s’immiscer à nouveau, de s’en prémunir pour qu’enfin, une civilisation puisse s’épanouir dans l’harmonie, la sagesse et le pouvoir infini de celui qu’on appelle « être humain ».

Insignifiante : l’espèce humaine, grain de sable dans l’univers, mais pourvue d’une arrogance sans limites

En ce dimanche 21 juillet, je vous fait part d’une nouvelle Irréflexion, ce mot que j’ai inventé pour désigner un billet d’humeur spontané, irréfléchi, qui n’est pas un article de recherche sur un sujet en particulier, mais plus d’un avis, d’une opinion, d’un constat. En gros, ce que je ressens, de la manière la plus brute qui soit.

Depuis l’enfance, j’ai toujours été fascinée par ce monde qui bouge, par cette Terre qui pivote à une vitesse si rapide et dont nous ne ressentons pas le mouvement. Mon rêve ultime, l’ultime tâche sur la to-do list de ma vie, serait de pouvoir un jour m’extraire de cette planète, et d’avoir la chance de la contempler d’en haut, perdue dans l’espace, dans le noir abyssal.

Mais en grandissant et en évoluant, cette fascination a malheureusement laissé place à une sidération, une sorte d’incompréhension sur le rôle de notre civilisation au sein du cosmos. Pour être honnête, plus les années défilent et moins je parviens à comprendre le sens que l’Homme moderne a donné à sa condition actuelle.

En quelques centaines de milliers d’années, l’équivalent d’un claquement de doigt pour la planète Terre, âgée de plus de 4 milliards d’années, et non mesurable à l’échelle de l’Univers, âgée de plus de 14 milliards d’années, notre civilisation a réussi la prouesse de contrôler et brutaliser son propre environnement, en s’autodétruisant par la même occasion, à une vitesse jamais égalée par les autres civilisations auparavant.

L’histoire de la Planète se délimite par des Ères. Jusqu’à maintenant, nous vivions dans l’ère de l’Holocène, un épisode géologique qui commença il y a 10 000 ans, et débuta à la fin de la dernière glaciation. C’est une ère durant laquelle le climat de la Terre s’est adouci, causant la fonte des calottes glaciaires qui recouvraient alors plus de 25% des terres immergées. Cette Ère est une ère géologique, causée par un bouleversement naturel, qui nous a permis de bénéficier d’une relative stabilité climatique pendant toutes ces années. Mais aujourd’hui, selon certains scientifiques, cette ère touche à sa fin et nous entrons dans l’Ère de l’Anthropocène, également appelée Ère de l’Homme : cette période durant laquelle les activités humaines ont un impact significatif et global sur l’écosystème terrestre. C’est inédit.

L’Homme commet donc cet exploit d’être directement et durablement impliqué dans le futur de tout un système, le système Terre.

Malgré cette connaisance, l’Homme ne prend toujours pas conscience de son impact, et se pense seul, unique dans son environnement. Il ne se rend pas compte que l’impact qu’il a sur la Terre provoque également des bouleversements pour les autres êtres vivants avec qui il partage cette grande Maison et qui tentent eux aussi de survivre.

J’ai été touchée par un documentaire, diffusé sur Arte il y a quelques mois maintenant, et qui met en lumière de manière claire et évidente l’absurdité de l’Homme dans ses convictions : Une Espèce à Part, une magnifique mini-série, douce et philosophique. C’est ce documentaire qui m’a amené à approfondir mon questionnement sur notre supériorité supposée face aux autres êtres vivants.

Nous nous pensons uniques, intelligents, supérieurs, et justifions la destruction de la Planète par notre besoin d’accroître encore et toujours notre confort.

Mais de quel droit nous permettons-nous d’écraser les autres espèces vivantes, d’envahir et de détruire leurs espaces de vie, de les polluer, des les abattre, de les brutaliser ? Qu’avons-nous de plus que les autres êtres vivants sur cette Planète, pour justifier une telle tyrannie ? Sommes-nous plus nombreux ? Plus intelligents ? Plus forts ? Plus éveillés ? Non, nous ne sommes ni plus ni moins qu’une simple espèce parmi des milliards d’autres, et pourtant, nous n’avons aucune humilité,  aucun respect de la Nature alors que, sans elle, nous ne pourrions exister.

L’insignifiance de l’espèce humaine, minuscule goutte d’eau dans l’immensité de l’océan du vivant

L’Homme se pense être le centre de l’Univers. Fermé dans sa bulle, il se pense géant et si important dans l’Espace. Dans son imaginaire, il pense que sa Planète trône fièrement au beau milieu de la Voie Lactée, majestueuse et puissante. Mais, si nous pouvions avoir une vue globale de toute notre galaxie, nous nous sentirions bien ridicules. La Voie lactée est peuplée de plus de 150 milliards d’étoiles. En sachant que pour une étoile vivante, 1 à 2 planètes gravitent autour d’elle, il existerait donc au moins 240 milliards de planètes dans notre galaxie. Parmi ces planètes, si nous estimons que 0,001% d’entre elles sont habitables, ça ne laisse pas moins de 240 000 planètes potentiellement similaires à la nôtre. De plus, la Terre n’est pas placée au centre de la Voie Lactée, mais dans l’extrémité d’une des multiples branches de cette magnifique galaxie. Et nous ne parlons là que de notre galaxie. A l’échelle de l’univers, qui contient des millions, voire peut-être des milliards d’autres galaxies, nous n’existons pas, nous ne sommes même pas visibles. Nous devrions donc changer cet imaginaire, et nous voir plutôt comme un petit grain de sable perdu sur une plage à l’horizon infini, et qui virevolte au gré du vent sans pouvoir le contrôler.

Et sur notre planète dans ce cas, sommes-nous moins insignifiants ? La biodiversité de notre Planète est riche et complexe, et toutes les espèces n’ont pas encore été découvertes. Jusqu’à présent, les scientifiques estiment qu’il existe entre 3 et 100 millions d’espèces. L’espèce humaine ne représente donc qu’une petite feuille dans l’immense forêt du vivant. Et nous ne sommes même pas les plus nombreux : les plantes, les bactéries, les insectes, se comptent en dizaines de milliards. Par conséquent, dans notre propre maison, nous devrions là aussi descendre de notre piédestal et nous rendre compte de notre petite place dans l’écosystème.

L’arrogance de l’espèce humaine, se pensant plus intelligente, plus forte, et plaçant sa satisfaction et son confort personnels en priorité, au détriment du bien-être des autres espèces vivantes

Lorsque j’échange avec des personnes qui ne sont pas sensibles à l’écologie, l’argument le plus souvent avancé est qu’ils ne souhaitent pas perdre leur confort de vie, et que respecter la Nature implique de faire trop d’efforts, qu’ils estiment trop compliqués pour eux. Le confort de l’Homme, petite poussière dans un immense manoir de milliers d’étages, je le rappelle, justifie donc de détruire tout un environnement, toute une planète.

C’est comme si, dans cet immense manoir par exemple, peuplé d’hommes, de singes, de chats, chiens, plantes, papillons, une nuée de fourmis rouges avait décidé que ce manoir leur appartenait, et que, parce qu’ils avaient l’impression d’être plus intelligents grâce à leur capacité à construire des armes et des bâtiments, avaient le droit de prendre position dans toutes les pièces du manoir, investissant les draps et empêchant les êtres humains de dormir dans leurs lits, volant la nourriture des chats et des chiens, ou grignotant petit à petit les fondations du manoir. Et même en ayant conscience des dégâts causés, ils estimeraient qu’ils étaient supérieurs à toutes ces autres espèces, et donc qu’ils avaient tous les droits.

C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. L’Homme a investi la planète entière, il grignote petit à petit les derniers espaces verts restants, repoussant de plus en plus les autres animaux qui ont de moins en moins d’espaces habitables.

Pourtant, l’Homme n’est pas le plus fort de toutes les espèces existantes. Il détruit l’espace de vie des orangs-outangs, mais il ne ferait pas le poids s’il devait faire face, à mains nues, à ce beau primate. Il tue des centaines de milliers de bœufs pour se nourrir, mais il se ferait rapidement tuer si un bovin décidait de charger en sa direction. Il a réussi à instaurer sa dictature par sa capacité à créer des barricades, à se protéger en créant des machines, des armes, des bâtiments qui lui permettent d’exterminer les autres espèces sans même avoir à les toucher. L’Homme n’a par conséquent aucun mérite, et rien ne justifie sa supériorité sur la Nature. Il s’est octroyé un confort par le sang des autres espèces, et en ne jouant pas à armes égales.

L’inconscience de l’espèce humaine, se croyant supérieure par sa capacité à se construire un confort matériel, mais qui le conduit finalement à sa perte

Donc, l’humain est un minuscule petit pion dans cette immense partie d’échecs qu’est la vie, il n’est pas plus fort que les autres espèces, et pourtant, on assiste encore à des discours hors-sol, d’individus se vantant de leur réussite économique, industrielle, de leurs inventions, de leur capacité à générer de la croissance, bref, ils se gargarisent de leur intelligence supposée.

Cependant, si nous étions réellement intelligents, la famine existerait-elle toujours ? La pauvreté, les guerres, les maladies seraient-elles encore d’actualité ? Comment avons-nous fait usage de notre intelligence ?

Depuis le début de la civilisation humaine, l’Homme a un et un seul objectif : survivre. Pour cela, il va créer des outils qui lui permettront de pallier aux dangers de la Nature : il va créer le feu pour se protéger du froid, construire des habitations pour se protéger des intempéries, chasser et cultiver pour lutter contre la faim. Au fil du temps, l’Homme va se rendre compte de son impuissance face aux forces de la Nature, et va petit à petit en faire son ennemi, plutôt que son allié. Alors, il va tenter de s’en éloigner, toujours un peu plus, cherchant des moyens de se protéger CONTRE elle, et va développer des stratégies pour aller jusqu’à l’exploiter. Plus il va s’en éloigner, plus il va perdre de vue le vrai pouvoir de la Nature : car c’est grâce à son souffle, de l’oxygène fourni par la complexe connexion entre les différentes composantes terrestres, que l’Homme est parvenu à faire du feu, c’est grâce au bois que l’Homme a réussi à construire un toit sur sa tête, c’est grâce à ces fruits et légumes que nous offre la Nature que l’Homme peut se nourrir et se renforcer en vitamines et minéraux, indispensables à sa survie.

Finalement, nous sommes arrivés à un point de non-retour puisque, voulant l’exploiter encore et toujours un peu plus, nous sommes arrivés à un point où nous ne la contrôlons plus, nous sommes entrés dans un cercle vicieux ou nous tentons de nous protéger toujours plus contre la Nature, tout en la détruisant dans le même temps.

Cela me fait penser à cette période de canicule dans laquelle nous vivons actuellement, conséquence du réchauffement climatique dont nous sommes directement responsables. Pour nous protéger face à ce dérèglement de la Nature qui nous met en danger, nous usons à outrance de climatiseurs, « magnifique » invention de l’Homme, qui a réussit à créer un air frais synthétique. Cependant, un climatiseur est extrêmement nocif pour l’écosystème, car il émet énormément de CO2, et va donc réchauffer la planète encore plus, causant des canicules de plus en plus fréquentes et difficilement supportables… L’Homme tourne en rond, ne sachant plus comment faire pour se protéger des dégâts qu’il a lui-même causé.

Comment pouvons-nous donc affirmer que nous sommes plus intelligents que les autres espèces ? Aucune autre espèce ne détruit sciemment son environnement en ayant conscience des enjeux.  

Remettre en question l’importance de l’Homme sur la planète me fait énormément relativiser, prendre du recul sur ma vie. Nous gigotons et nous nous bagarrons sans cesse, mais sans but, pour rien. Comme le dit si bien la narratrice de ce beau documentaire sur Arte, notre civilisation est encore à l’état de nouveau-né, trop immature pour comprendre ce qui se joue réellement autour d’elle. Alors nous continuons à vivre une vie dénuée de sens, à se tuer au travail pour nourrir une machine, un système qui nous tue à petit feu et nous conduit à notre perte. Nous continuons à tuer des animaux pour le confort de pouvoir déguster du saucisson à l’apéro, nous faisons tourner le climatiseur à fond pour ne pas avoir trop chaud.

Tant que nous n’aurons pas pris conscience de notre place minime et minuscule dans l’Univers et sur la Planète, et tant que nous n’aurons pas compris que c’est en vivant en harmonie avec la Nature que nous serons plus heureux et en bonne santé, jouissant donc de ce qu’on appelle le VRAI confort de vie, et non le confort matériel, nous n’élèverons jamais nos consciences, et nous conduiront nos enfants et nos petits enfants tout droit vers une extinction prochaine.

Bien entendu, l’être humain n’a pas que des défauts, bien au contraire. Il renferme une puissance qui ne demande qu’à se déployer pour faire émerger un monde meilleur, à moins de, justement, retrouver sa place dans ce monde!

Claque n°1 : quand tu réalises que tu as pris le mauvais chemin

J’adore écrire. Je peux passer des heures à taper mes pensées ou mon imaginaire sur un clavier, ou avec mon stylo. Dans le disque dur de mon ordinateur, se cachent des dizaines d’histoires, tantôt des récits fantaisistes, tantôt des narrations dystopiques ou de science-fiction, ou encore des histoires vraies. J’écris des tas d’articles issus de recherches sur des sujets qui m’intéressent. J’aime chercher, écrire, raconter. Je ne m’en étais jamais vraiment rendue compte, jusqu’à ce que je retrouve dans le grenier de la maison de mes parents, des « nouvelles » , 5 pages A4 agrafées maladroitement, et dotées d’une page de couverture particulièrement colorée, titrant « Séverine au pays des furbys » ou « Le Bac d’Olivia ». Des récits innocents et maladroits d’une petite fille de 8 ans, mais qui traduisent une passion pour l’écriture dès l’enfance. Aujourd’hui je tiens un blog, où j’écris encore une fois, et même si parfois (souvent) je m’arrache les cheveux devant ma page blanche, une fois que je suis lancée je ne m’arrête plus.

J’aime apprendre. L’école me manque pour ça. Nourrir son cerveau de nouvelles données, de nouvelles informations. J’aime apprendre sur des sujets complètement différents l’un de l’autre : qu’il s’agisse de sciences, de technologie, de culture ou de sujets de société, j’ai une curiosité qui ne connait pas de limites. Si je n’apprends plus, je déprime, je m’ennuie. J’ai besoin d’être entourée de personnes qui m’inspirent et me stimulent. Je n’ai pas nécessairement besoin d’être entourée de Barack Obama ou des 100 personnes les plus influentes selon le TIME Magazine, mais simplement de personnes passionnées, qui ont des choses à dire, des idées, des avis. Je crois que l’apprentissage est un fait dont on ne se satisfait jamais ; on apprend dès son enfance, et jusqu’à ces derniers instants. De mon avis, personne ne peut se permettre de dire qu’il n’a plus rien à apprendre.

J’aime rencontrer des gens. Je n’ai jamais été aussi heureuse que lorsque je suis partie seule, en voyage au Mexique (le premier épisode de mon voyage, ici). Au cours de mon périple, j’ai rencontré des centaines de personnes, venant des quatre coins de la planète. J’ai rencontré beaucoup de locaux aussi, qui m’ont raconté leur vie, qui leur parait très sommaire, mais qui pour moi était fascinante, tant elle est différente de la nôtre ici en France. J’aime discuter et connaitre la vie de personnes du monde entier, quels sont leurs codes, leur façon de vivre, leurs pensées. Je n’arrive pas à me satisfaire d’être simplement entourée de mes proches (que j’aime de tout mon cœur, bien sûr). J’ai besoin de parler à des gens qui ne sont pas de mon milieu, qui vivent dans d’autres sphères, d’autres horizons. J’aime discuter et échanger de vive voix avec les personnes.

J’ai des valeurs fortes. Elles se sont confirmées en évoluant et en grandissant. Je suis particulièrement attachée au respect de l’environnement et aux lois de la Nature, à l’écologie et au bien-être animal. Je pense que nous, êtres humains, nous nous sommes perdus dans l’attrait d’une vie où le confort, le matériel et l’argent sont devenus une priorité au-dessus des choses simples et naturelles. Nous en avons même perdu nos valeurs humaines. Au risque de paraitre un peu « bisounours », je porte beaucoup d’importance aux relations humaines saines et honnêtes, à la bienveillance. Sans forcément être dans une gentillesse à outrance, j’apprécie d’être entourée de personnes qui mesurent la portée de leurs paroles et qui font en sorte de ne pas heurter la sensibilité d’autrui.  L’échange et la transmission sont des valeurs qui me touchent, aussi. Pas seulement une transmission de compétences professionnelles, mais aussi et surtout de compétences humaines, dans sa forme la plus littérale du terme ; en effet, les synonymes d’humain sont « bienveillant, bon ».

J’ai mis du temps avant de réaliser tout ça, tout ce qui faisait ma personnalité, qui je suis, finalement. Mais ce temps qui a été nécessaire pour me comprendre enfin, 28 ans précisément, est passé et j’ai dû prendre des chemins sans vraiment avoir eu le choix. Le temps passe, et nous n’avons pas le temps de réfléchir sur ce que l’on souhaite vraiment. Alors on avance, tête baissée, dans les études, dans les expériences professionnelles. Et on se construit une « fausse identité », avec obstination, une persistance si forte qu’elle prend le pas sur notre vraie identité, nous vivons dans le déni.

Aujourd’hui, j’occupe un poste qui représentait le « job de mes rêves » durant mes études : chef de produit dans le secteur alimentaire. La totalité de mes études supérieures à été dirigée pour y arriver. En y réfléchissant bien, je crois que c’est le côté « créatif » du poste qui me parlait. Je suis en CDI, aussi, le « Graal » pour une bonne partie de la population (même si ce statut est de plus en plus remis en question). Je croyais dur comme fer que c’est ce poste qui me rendrait heureuse et que je pourrais occuper jusqu’au bout de ma carrière. Je voulais même « monter les échelons », devenir « chef de gamme » , « responsable marketing », et toutes ces autres positions si valorisantes aux yeux de la société.

Mais y a-t-il un quelconque lien entre ce que je suis vraiment, entre les éléments que j’ai énuméré précédemment et mon poste actuel ? Aucun. Dans ce poste et au sein de cette entreprise, (une situation qui n’est bien entendu pas une situation isolée et qui se retrouve dans beaucoup d’autres structures, je dédierai un article dessus), la créativité est surtout limitée à des contraintes industrielles, des contraintes d’image ou pire, des contraintes d’ego et de jeux de pouvoir entre les dirigeants. Ce type de poste appelle a être innovant et force de proposition, tout en ayant des normes et des règles à respecter dans des chaînes de production qui n’en finissent pas.

L’essentiel des échanges se fait par email ou téléphone, une relation très lointaine et déshumanisée. Les seuls contacts se font avec les collègues, certains avec qui de liens forts se créent, et d’autres avec qui les affinités ne sont pas très engagées. Dans tout ce modèle d’entreprise basé sur le profit et le business, on en oublie les vrais échanges humains ; des échanges simples, désintéressés, honnêtes et bienveillants. Les remarques et les réflexions fusent, soit pour mettre en lumière la faute d’un collaborateur, soit pour rassurer son ego et montrer son autorité. Mais à aucun moment la question de savoir si la personne a été heurtée n’est posée.

Certes, on nous dira toujours que, dans le milieu professionnel, il ne faut pas prendre les choses pour soi, il ne faut pas trop montrer ses émotions. Mais l’être humain est justement la définition même de l’émotion. Autrement, nous nous appellerions des humanoïdes, ou des robots. Comment peut-on mettre ses émotions et sa sensibilité de côté pendant 8h (voire plus) par jour, 5 jours par semaine ? Moi, en tout cas, je ne peux pas, je ne sais pas faire.

Je me sens parfois comme un OVNI au milieu de mes collègues. Cataloguée comme la seule végétarienne-écolo de l’entreprise, je dois parfois me retenir et ne pas m’exprimer sur les opinions de mes collègues qui sont totalement contraire au miennes. Je suis aussi souvent en pleine dissonance cognitive, submergée par du plastique et autres produits nocifs à l’environnement ; obligée d’imprimer du papier sans cesse pour des factures, des documents… Je dois cacher ma personnalité sensible et engagée, et faire bonne figure.

Alors voilà, je me retrouve dans cette situation où plus de la moitié de mon temps de vie et la totalité de mon énergie sont dédiés à un système qui ne me convient pas, et qui ne m’a jamais convenu, finalement. C’est assez dur de le réaliser ; car on se dit qu’on a perdu énormément de temps, 28 ans à se construire une identité en pensant qu’elle nous conviendrait, alors que non.

Mais, je suis cette catégorie de personnes qui pense que rien n’arrive par hasard. Que des évènements, des rencontres et des situations particulières sont placées stratégiquement à un moment précis, dans le but de nous faire prendre conscience de certaines choses, ou de nous aider à changer. Peut-être qu’il fallait que je passe par cette période pour encore plus embrasser ma vraie identité avec passion. A 28 ans, je me pose aujourd’hui cette question : quelles sont mes ressources, qu’est ce que je veux vraiment faire ? Et je crois que ce n’est pas trop tard. Cette prise de conscience peut aussi bien avoir lieu à 18 ans, à 25 ans, à 30 ans, à 50 ans. Quel que soit l’âge, c’est le temps qui vous a été nécessaire pour vous réveiller, et ça n’aura jamais été une perte de temps ; chacun son rythme.

Pour ma part, je crois que cette prise de conscience s’est formée par plusieurs situations, et rencontres qui se sont alignées au bon moment.

Une situation tout d’abord ; un poste qui ne correspond plus à mes valeurs, alors qu’il représentait encore il y a quelques années mon projet professionnel ultime. Mais surtout des rencontres, tellement de belles rencontres… En quelques mois, j’ai rencontré des femmes inspirantes et passionnantes avec qui je construis aujourd’hui une association qui tente de distribuer des produits alimentaires sains et peu cher pour des populations en difficulté. J’ai aussi rencontré une belle âme, une personne qui m’aide aujourd’hui à trouver mes ressources, et à briser toute cette fausse identité que je me suis construite au fil de mes études (que je remercie du fond du cœur). J’ai aussi rencontré pleins d’autres personnes, avec qui je n’ai pas forcément gardé contact, mais dont la simple petite discussion au détour d’un verre a été déterminante et m’a apporté encore plus de forces pour entamer ce changement. Toutes ces personnes, sans le savoir, m’accompagnent dans cette évolution qui est en cours, cette remise à plat totale.

Aujourd’hui, c’est le flou dans la suite de mon aventure en tant qu’être humain sur cette planète. Devrais-je continuer et rester dans ce confort d’être en CDI, d’être dans une position plutôt bien placée dans la société ? Ou plutôt me mettre en danger, et prendre des risques pour faire enfin émerger ma vraie personne, celle qui adorait écrire des histoires farfelues dans sa chambre d’enfant, intrépide, gentille, mais qui s’est cachée pour mon bien, pour me laisser m’intégrer dans un société où elle n’avait pas sa place ? Aujourd’hui, j’ai envie de faire de l’écriture mon métier, j’ai envie de dédier toute mon énergie à mon association, j’ai envie de voyager et rencontrer des nouvelles cultures, et j’ai encore tellement d’idées… Qui vont peut-être se rassembler pour créer ma nouvelle vie.

Si vous avez pris le temps de lire ce long billet d’humeur, merci beaucoup. N’hésitez pas à me donner des conseils ou laisser un commentaire, j’adore discuter et parler avec vous 🙂