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GIEC : un nouveau rapport alarmant sur l’état de notre système alimentaire

Ce jeudi, le GIEC a rendu public un rapport spécial, basé sur l’étude approfondie de l’état de nos terres agricoles, ainsi que l’impact de nos activités humaines sur la qualité des sols. Ce texte, approuvé hier par 195 pays au terme d’un long débat et d’une session de discussion de plus de 24 heures, est un nouveau cri d’alerte du groupe d’experts, après leur premier rapport en Octobre 2018.

De quoi parle ce rapport ?

Ce rapport de plus de 1 000 pages se consacre au « changement climatique, à la désertification, à la dégradation des sols, à la gestion durable des terres, à la sécurité alimentaire et aux flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». Autant vous dire que ce rapport n’est donc pas à prendre à la légère! C’est d’ailleurs le rapport le plus complet jamais réalisé à ce sujet.

En clair, cette étude a été initiée dans l’objectif de comprendre les limites de notre système alimentaire mondial ainsi que de sonner l’alarme sur la sur-exploitation des sols, qui participe à grande échelle au réchauffement climatique global. Élevage intensif, agriculture de masse, pesticides, labourage excessif… Nous pouvons presque parler d’acte de « maltraitance » envers nos sols, qui tentent tant bien que mal de nourrir une population qui ne cesse de grandir; en 2100, nous serons plus de 11 milliards à se partager les ressources alimentaires sur la planète.

Ce rapport met également en lumière les failles importantes de notre modèle agricole global, fortement remis en question par des déséquilibres importants. En effet, 820 millions de personnes souffrent de famine dans le monde, alors que, en parallèle, 2 millions d’adultes sont en situation d’obésité morbide, et que 30% de la nourriture mondiale est gaspillée.

Finalement, la vraie problématique que pose les experts du GIEC, et qui doit devenir une priorité pour répondre aux enjeux de notre civilisation, est d’arriver à résoudre cette équation : comment parvenir à nourrir une population grandissante et extrêmement gourmande en ressources, tout en maintenant le réchauffement climatique à 1,5°C, limite au delà duquel les conséquences seront désastreuses pour la survie des espèces, y compris l’espèce humaine. Pour le GIEC, c’est notre gestion des sols mais également notre régime alimentaire qu’il faut revoir.

Comment l’exploitation des sols participe au réchauffement climatique ?

Les observateurs du GIEC ont identifié plusieurs raisons aux effets négatifs de notre exploitation des sols, parmi lesquelles :

L’agriculture. Notre modèle agricole est responsable de 23% des émissions de gaz à effet de serre. Ces gaz sont relâchés par les engrais minéraux et organiques, mais aussi par la digestion des animaux d’élevage (la fameuse histoire des pets de vaches qui relâchent du méthane), ainsi que le moteur des machines agricoles.

L’exploitation forestière. Les forêts, qui ont l’avantage de pouvoir absorber le trop-plein de CO2 dans l’atmosphère, sont massivement détruites pour exploiter leurs ressources, ou étendre les terres d’élevage. Selon la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), en 2016, 37% de la surface terrestre était occupée pour l’agriculture, et seulement 30% était couverte de forêts (le restant étant occupé par des zones naturelles). Ce ratio est très certainement encore plus inégal aujourd’hui…

Les produits chimiques et l’homogénéité des sols. Les produits chimiques (pesticides, produits phytosanitaires, graines hybrides) sont extrêmement défavorables à la bonne santé des sols, car ils fragilisent leur immunité face aux virus et aux espèces nocives pour l’agriculture. Les surfaces agricoles deviennent donc dépendantes, tout en souffrant d’asphyxie par ces produits chimiques qui empoisonnent les racines et les graines, qui deviennent un danger pour la Terre et pour les êtres humains qui consomment cette nourriture. Par ailleurs, selon les experts du GIEC, la monoculture, (le fait de ne faire pousser qu’une certaine catégorie de produits sur une large partie d’un champ d’élevage) pénalise fortement la bonne pérennité des sols. Il faut impérativement créer un espace varié en ressources naturelles, afin de créer une biodiversité et une interconnexion entre les différents éléments naturels.

Pour réduire tous ces dysfonctionnements et créer un modèle agricole plus durable, des pas de géants sont nécessaires, aussi bien de la part des pouvoirs politiques que de la population globale.

Bioénergies, remèdes de grand-mère et régime alimentaire

Dans son rapport, les experts du GIEC proposent des solutions pour amorcer le virage incontournable de la transition vers un modèle agricole durable et soutenable. Inévitablement, ces solutions appellent à retour en arrière, ou du moins « un retour au bon sens », selon Eric Schmidt, directeur de l’institut de l’agriculture durable.

Premièrement, un des premiers leviers est le recours à des énergies plus vertes, rempart aux énergies fossiles. Il est nécessaire de transformer progressivement les ressources énergétiques, et de faire appel, par exemple aux bio-énergies (également appelés énergies renouvelables) : énergie solaire, énergie au bois… Mais également en faisant fonctionner les machines avec de l’agrocarburant : déchets organiques, bois, etc…

Dans un second temps, il est urgent de revoir nos pratiques agricoles, qui ne sont plus soutenables. Le rapport appelle donc à un retour à une agriculture plus « traditionnelle », suivant un fonctionnement plus doux et respectueux de l’environnement : rotation des cultures pour une meilleure variété des sols, mise en jachère… Ces pratiques peuvent faire penser au mouvement d’agroécologie, de plus en plus plébiscité par les agriculteurs à la recherche de solutions plus durables pour la préservation de leurs sols.

Enfin, et non des moindres car c’est la solution sur laquelle la population peut directement agir, et qui nous concerne, donc! Sans surprise, c’est l’alimentation carnée qui est pointée du doigt. Il est fortement recommandé de réduire sa consommation de produits d’origine animale, afin d’éviter, notamment, une exploitation trop élevée des surfaces terrestres pour l’élevage, et un relâchement trop important de CO2. Les animaux les plus dommageables sont notamment le bœuf, l’agneau et la chèvre.

Les produits laitiers font également partie des produits qui ont un impact négatif sur notre environnement. Aujourd’hui, un français consomme près de 260 kg de produits laitiers par an; les experts du GIEC recommandent de n’en consommer que 33 kg par an.

En conclusion…

Ce nouveau rapport souligne l’importance de revoir notre modèle entier, qu’il soit alimentaire, économique ou social. Le GIEC parle bien d’un risque de « crise » alimentaire, car nos sols deviennent de moins en moins fertiles, et ne sont plus capables d’absorber le CO2, alors que la population ne cesse d’augmenter et que contenir le CO2 dans l’atmosphère devient une priorité majeure. Espérons que l’accord des 195 pays sur ce rapport n’est pas qu’un simple accord de principe et que des décisions seront vraiment prises, à grande échelle.

Sources :

https://www.liberation.fr/planete/2019/08/07/climat-etre-ou-ne-plus-etre-le-cheptel-est-la-question_1744290

https://www.huffingtonpost.fr/entry/rapport-du-giec-remedes-grand-mere_fr_5d440e79e4b0aca3411c1b70

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