Mes réflexions

L’écologie : 4 hypothèses pour comprendre pourquoi le monde s’en fiche

Depuis l’annonce fracassante de Nicolas Hulot et sa démission du gouvernement, le sujet de l’écologie a soudain grimpé l’échelle de priorité dans le quotidien des français qui ont, pendant quelques jours, compris le danger de notre mode de vie actuel et la nécessité d’agir vite pour de ne pas subir un désastre climatique. Seulement voilà, aussi rapide a été cette prise de conscience, aussi vite elle semble s’estomper et redescend au second, voir troisième ou quatrième plan, loin devant d’autres sujets de société. Ce désintérêt de l’Homme pour la nature est une problématique qui m’importe de plus en plus, et dans cet article je vais essayer de comprendre comment on en est arrivés là.


La semaine dernière, j’ai été interpellée par une annonce du chef de l’ONU, Antonio Gutierres, qui alerte les populations sur les risques immédiats du changement climatique. Selon lui, il nous reste 2 ans pour tenter d’enrayer la crise climatique. A l’horizon 2020, si rien n’est fait, il sera trop tard. Son annonce peut sembler extrême et un peu alarmiste, néanmoins, lorsqu’il indique un agenda aussi serré (2 ans, ça passe très vite), son avis a tout de même le mérite de s’y intéresser et de se poser quelques questions. Cependant, dans mon entourage, cette annonce n’a pas fait beaucoup de vagues, et si j’ai pu entendre ça et là, ce type de commentaires : « c’est vrai que c’est grave », « de toute façon on détruit la planète », « oui, les gouvernements ne font rien » … Concrètement je n’ai pas réellement vu d’actions de la part de ces personnes pour changer leurs habitudes. Je me suis donc demandé pourquoi notre pauvre planète Terre n’arrivait pas à attirer un tant soit peu d’attention sur elle.


Ma réflexion sur le sujet du désintérêt de la population à la crise écologique a été inspirée d’un article très intéressant du magazine Reporterre, intitulé « Pourquoi le drame écologique mobilise-t-il si peu ? » Leurs différentes analyses sur le plan social mais aussi psychologique de l’individu, permettent de mieux comprendre l’immobilisme et le déni de la société face à la question environnementale. J’ai également lu le livre de Raj Patel, « Comment notre monde est devenu cheap », qui s’intéresse à la séparation entre la société et le tissu du vivant. Au fil de mes lectures, j’ai réussi à rassembler toutes ces informations en quatre hypothèses, qui permettent de répondre à cette question de l’inertie des Hommes à la crise écologique.

Il y a d’autres problèmes « plus graves » à gérer au quotidien

La première hypothèse émise est que l’être humain ne peut s’intéresser à la cause climatique s’il n’est pas satisfait. Pour comprendre le principe de satisfaction et d’accomplissement de soi, on peut se référer à ce schéma bien connu, qui détaille en 5 domaines, les besoins vitaux d’un être humain : la fameuse Pyramide de Maslow, également appelée la Pyramide des besoins.

​​Selon Reporterre, si les besoins vitaux ne sont pas assurés, il est difficile pour un individu de se focaliser sur d’autres sujets qui ne l’impliquent pas directement. En effet, si les besoins physiologiques, par exemple, ne sont pas atteints (manger, boire, respirer), il parait compliqué de pouvoir s’intéresser au changement climatique. Lorsqu’on a des difficultés à assouvir ses besoins de sécurité (payer son loyer par exemple), la crise écologique nous parait comme le cadet de nos soucis. Il faudrait donc atteindre le haut de la Pyramide, à l’étape de l’accomplissement de soi, pour pouvoir enfin être serein et s’intéresser à son environnement. Le problème, c’est que peu de gens, finalement, arrivent à atteindre le haut de la pyramide. Dans une société basée sur le matériel, le travail et l’argent, les sentiments de frustration et d’insatisfaction sont constants et permanents. L’économie est instable, et le sentiment de sécurité n’est jamais réellement atteint. Quant aux besoins d’estime, il ne peut être atteint que si on a la capacité de s’aimer soi même et d’être en phase avec sa personne ; malheureusement, la routine effrénée dans laquelle nous vivons ne nous permet pas de prendre le temps de se recentrer sur soi.


En partant de ce postulat, on peut se dire que les personnes qui s’intéressent à la crise écologique sont ces personnes qui ont réussi à atteindre le haut de la Pyramide. Et qui sont ces gens ? Les personnes aisées ou du moins stable économiquement, au détriment des personnes plus modestes…  C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une critique était émise sur le fait que l’écologie n’était qu’une affaire de riches, autrement dit ceux qui auraient atteint le haut de la Pyramide, et qui pourraient enfin s’y intéresser.


Et quand on parle de riches, de pauvres et d’inégalités sociales, un autre point important rentre en ligne de compte : l’argent. C’est un des arguments émis par les personnes qui ne veulent pas s’intéresser à la cause environnementale : le bio coûte trop cher, et toutes les initiatives permettant d’adopter un mode de vie durable coûtent de l’argent. Pourtant lorsqu’on s’y attarde un peu, adopter une démarche zéro déchet et parfois bien plus économique que de vivre dans un monde de consommation de masse.
Mais il est trop facile de jeter la pierre sur les familles modestes qui n’ont pas le temps de se préoccuper de la crise écologique. Certaines personnes, qui sont plutôt stables économiquement et socialement, et qui sont bien partis pour grimper avec succès cette fameuse Pyramide, ne s’intéressent pourtant toujours pas à la cause environnementale. Pourquoi ?

La routine et le confort : dur de s’en débarrasser!

Une citation de Sylvie Granon, citée dans l’article de Reporterre, illustre parfaitement cette deuxième hypothèse : « Quelqu’un qui propose de continuer comme d’habitude aura toujours raison face à quelqu’un qui appelle à changer ». Ce fait peut se vérifier dans tous les domaines : réformes, changement de travail, d’alimentation… De manière générale, le changement est un acte « violent » pour l’organisme. Il implique de se ré-adapter, de perdre ses repères, en clair, de perdre sa zone de confort, si douce, agréable, et pratique ! Car notre mode de vie actuel est basé sur la praticité : sacs en plastiques, plats préparés, voiture, transports… Tout est fait pour nous rendre la vie facile, au détriment de la nature et de la planète. Changer son mode de vie pour adopter un modèle plus durable, implique donc de faire une croix sur un confort, et ça, ça ne plait pas aux êtres humains en général.


Pourtant, lorsqu’on se confronte au changement, on réalise à quel point il est bénéfique, tant sur le point sociétal que psychologique. Je vous recommande de lire une étude très intéressante de l’organisme Alter&Go sur les français et le changement, à lire ici. Dans cette analyse, on comprend que, malgré le fait que les français soient optimistes face au changement, l’idée de changer leur fait peur, et s’ils doivent changer, il faut que leur changement ait un sens, qu’il puisse reconnaître de manière tangible et quantifiable, l’impact de leurs efforts. Et c’est à partir de là qu’on arrive à la troisième hypothèse.

Le changement climatique, ça ne se voit pas et on ne le comprend pas

Cette troisième hypothèse repose sur le principe de dissonance cognitive. La cognition, représente le système de pensées, de croyances, d’émotions et d’attitudes, construites au cours de sa vie et qui façonnent la réflexion de l’être humain. La dissonance cognitive survient quand un événement perturbe ce système, et quand les différentes composantes du système rentrent en contradiction. Ici, l’évènement perturbant est le sujet du changement climatique. En effet, l’information est souvent décousue, et est difficile à comprendre : d’un côté les ONG qui envoient des signaux d’alerte pré-apocalypse, de l’autre côté les gouvernements qui n’ont pas l’air de vraiment s’alarmer, puis les ONG qui annoncent des délais qui vont de 2 ans à 50 ans, de l’autre côté un dirigeant d’une des premières puissances mondiales qui affirme que le réchauffement climatique n’est qu’un complot… Bref, la population ne comprend pas très bien ce qui se passe, et dans ce cas-là, un phénomène naturel se produit : le déni, ou la négation du sujet. Le cerveau préfère occulter l’information, on bouche les oreilles et on agit comme si le problème n’existait pas.


Il faut ajouter à cela le fait qu’on a du mal à se projeter sur un problème, lorsqu’on ne le ressent pas émotionnellement. En effet, le changement climatique se ressent pour les populations directement affectées : les victimes de typhons, de tsunami, de famine… Mais pour les occidentaux, à part un été très chaud, on n’a pas vraiment l’impression que le réchauffement climatique est un phénomène particulièrement inquiétant. Alors pourquoi changer ses habitudes ?


Enfin, il y a le phénomène de rejet sur l’autre. Lorsqu’on ne comprend pas un sujet, on préfère rejeter la responsabilité sur un autre. Dans le cas de la crise écologique, on estime que c’est aux gouvernements d’agir et de changer, et pas nous. Cette opinion n’est pas foncièrement inexacte: c’est en effet aux pouvoirs publics de mettre tout en œuvre pour permettre à tous d’aborder la transition écologique. Cependant, les actions individuelles de chacun ont également leur impact, et peuvent réellement jouer un rôle. Mais il est très difficile de s’en rendre compte, car le modèle économique dans lequel nous vivons nous coupe de la réalité environnementale et de son intérêt. On en arrive à la quatrième et dernière hypothèse.

Nature et Société : deux entités incompatibles ensemble?

Nicolas Hulot, dans l’entrevue qui a précédé l’annonce de sa démission du gouvernement, a démontré cette hypothèse par un fait simple : selon lui, la « communauté internationale […] s’évertue à entretenir voire à réanimer le modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres ». Autrement dit, notre modèle économique, basé sur le capital et la marchandise, est la cause du réchauffement climatique et de l’inertie des peuples face à la crise écologique. Et, en effet, lorsqu’on s’intéresse à l’économie de marché, au capitalisme et à la recherche constante de cette idée de « profit », on réalise que, finalement, la Nature n’a pas réellement sa place dans notre société. Pourtant, comme l’explique Raj Patel dans son livre « Comment notre monde est devenu cheap », la Nature et la Société ne devraient pas fonctionner comme des entités autonomes, mais devraient se compléter, car « tout ce que font les hommes est coproduit par le reste de la nature : nourriture, vêtements, maisons et lieux de travail, routes, voies de chemin de fer, aéroports, de même que les téléphones et les applications ». Nous utilisons la Nature pour faire du profit, mais le profit ne bénéficie pas à la Nature. Dans son livre, Raj Patel nous explique que ce modèle existe depuis bien plus longtemps qu’on l’imagine : à l’époque du système féodal, le pouvoir était prédominant sur le respect de l’agriculture et des sols. Par conséquent, c’est tout un modèle global économique qu’il faut réformer. La bonne nouvelle, c’est que ce système est actuellement en train de s’essouffler, mais sans l’appui et la force des individus sur les pouvoirs publics, on peut craindre une résurrection de ce modèle non durable.


Enfin, la séparation depuis toujours de la Nature et de la Société a comme conséquence une déconnexion des Hommes avec la Nature. Une illustration concrète est le fait que de nombreuses personnes ne savent pas que les tomates ne poussent pas en hiver, car il y a des tomates toute l’année au supermarché. Ça parait anodin, mais ce fait démontre une réelle perte de conscience de la normalité ou non, de certains faits naturels. Quelqu’un qui naît à une époque où les températures avoisinent les 40 degrés à Paris, pensera que c’est normal, or ça ne l’est pas. Dans notre société, nous n’avons plus de lien avec la Nature, donc nous ne la connaissons pas, ou plus. D’où l’importance d’éduquer la nouvelle génération et de reconnecter les enfants avec la Nature, afin qu’ils puissent prendre la mesure des changements qu’a provoqué le réchauffement climatique.

Mes pistes de réflexions pour tenter de sensibiliser à la cause environnementale

  1. Le bien-être : on l’a bien compris, si la Pyramide de Maslow n’est pas atteinte, l’environnement passe au second plan. Il faudrait donc se diriger vers un modèle plus humain, qui mettrait en avant l’accomplissement et le bien-être de l’individu avant tout.
  2. La compréhension : pour pouvoir s’intéresser à un sujet, il faut le comprendre. Simplifier l’information et la rendre accessible, et selon moi primordial (c’est tout l’intérêt de mon blog :)). De plus, il faut se reconnecter avec la nature : plus d’espaces verts, plus d’éducation à l’écologie et à l’environnement pour les enfants.
  3. Le dépassement de soi : OUI au changement ! Cette piste est valable pour tout. Selon moi, pour pouvoir s’accomplir et avoir une vie riche et bien remplie, il faut pouvoir se renouveler et changer constamment. Il ne faut pas avoir peur du changement car le cerveau est capable de s’adapter facilement. C’est le changement qui permettra aux individus d’accepter un nouveau modèle économique et social.
  4. Les pouvoirs publics : enfin, même si la société civile a son impact sur l’environnement, les gouvernements ont également une grosse part du gâteau. Pétitions, manifestations, actions… Il faut arriver à faire comprendre aux gouvernements que nous sommes prêts pour le changement, et que nous aborderons le virage de la transition écologique, avec ou sans eux.

Et moi, dans tout ça ? Pourquoi suis-je touchée par ce sujet ?

Si on reprend les hypothèses de mon article, les raisons pour lesquelles je suis intéressée par la cause environnementale sont, dans un premier temps, que j’aurais atteint le haut de la Pyramide de Maslow… Du haut de mes 27 ans, je ne suis pas certaine de pouvoir dire que j’ai totalement atteint l’accomplissement de ma personne ! Cependant, il est vrai que mes besoins physiologiques sont atteints (je peux me nourrir, boire et respirer), j’ai un sentiment de sécurité de par le fait que j’ai un foyer, j’ai des amis et une famille plutôt équilibrée, j’ai un travail qui me permet d’avoir une certaine « estime » de moi-même, mais SURTOUT, j’apporte beaucoup d’importance à la découverte de mon bien-être intérieur, en voyageant et en faisant des activités seules notamment, et enfin, au-delà de tout ça, j’ai des convictions et une envie de partager mon maigre accomplissement avec les autres. Mais tout ça n’est pas éternel : je peux tout perdre du jour au lendemain, et des pans de ma Pyramide peuvent s’effondrer. Cela voudra-t-il dire que je me désintéresserai totalement de la crise écologique, à ce moment-là ? Peut-être, mais c’est justement là qu’il faudra se battre et réussir à surpasser ses problèmes, pour garder en tête l’importance de vivre sur une planète qui respire correctement.


Dans mon entourage, l’environnement n’est pas forcément une problématique qui intéresse beaucoup de monde. J’aurai donc pu me rallier aux opinions de mes proches et faire comme eux. Mais c’est au cours de mes voyages et de mes réflexions, que j’ai compris que l’inertie n’était pas la bonne solution. Pour finir, j’ai réalisé à quel point l’environnement pouvait également avoir un impact sur notre santé, et ça, ça a été le vrai déclic. A vous maintenant de trouver VOTRE déclic !

Sources :

https://reporterre.net/Pourquoi-le-drame-ecologique-mobilise-t-il-si-peu https://www.rtl.fr/actu/politique/l-ecologie-fait-un-bond-spectaculaire-dans-les-priorites-des-francais-7794808375

https://alteretgo.fr/les-francais-et-le-changement/

Raj Patel, « Pourquoi notre monde est devenu cheap », éditions Flammarion, 2017

0 comments on “L’écologie : 4 hypothèses pour comprendre pourquoi le monde s’en fiche

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :